Mardi 19 décembre 2006

L'hiver, enfin. Et avec lui, le divin légume d'un autre age, Topinambour. Première récolte, énorme satisfaction et un salut en passant à Alex, fils de l'inventeur de la variètè rose. Les trois pieds qui avaient poussé à partir d'épluchures négligemment jetées au compost, donnent une pleine brassée de tubercules aussi roses et joufflus que le petit jésus sous le sapin. De quoi me réconcilier avec le potager.

J'ai fait de la soupe, comme toujours, recette improvisée...

Une poignée de poireaux nains - il ne s'agit pas d'une variété rare, mais de ma pauvre production... deux belles carottes - du marchand, échec total pour les carottes, la seule qui ait poussé s'est suicidée, trois gros topinambours, quelque feuilles de sauge, contre les flatulences, si-si! thym, laurier, coriandre en grains, un oignon piqué d'un clou de girofle, de l'ail, des patates en milieu de cuisson.



Faire de son mieux pour couper les légumes, les mettre dans l'eau, faire bouillir, baisser le feu et laisser mijoter – jusque là ça va. La mousse qui se forme à la surface provient de la transformation de l'inuline dont le topinambour est riche. Un polymère de fructose, précieux pour la soupe et conseillé aux diabétiques.

Mouliner au bout, d'environ, une heure, mixer en allongeant à l'aide de l'eau de cuisson dans laquel on a pu laisser fondre un demi cube de bouillon. Refaire chauffer avec une bonne cuillerée de crème fraîche épaisse. Rapez la muscade...



A la fin, ajouter un mélange de noisettes et de noix – pourquoi pas de cajou - pilées et une herbe fraîche, ici de la ciboulette chinoise - par dépit, je n'ai pas sauvé cette année le moindre brin de persil, un filet de sauce soja pour finir. Le plat est doux et velouté...

Je me rends compte en écrivant ces lignes que j'ai oublié le trait d'acidité, un filet de citron par exemple.

A noter : Topinambour est puissant, quoi que l'on puisse lui adjoindre, il dominera.
par JCR publié dans : Topinambours_06
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Dimanche 3 décembre 2006
Amis végétariens, certaines images peuvent heurter votre sensibilité...


Dites écrasée de vitelotte, la purée, c'est pour sa cousine blanche. La jolie vitelotte violette fait les écrasées mauves. Cette truffole porte bien son nom tant elle ressemble à sa copine aristo, ascomycete hypogée, rien à  voir, bien sur, ça reste une patate. Comme la bougresse est peu productive, je la mélange avec une bonne grosse Bintje et le tour est joué. Cela permet, aussi, de gérer l'intensité de la teinte, du violet au parme. La vitelotte a la chair dense, elle demande plus de cuisson. Pour épater vos amis, faites en des chips'!

La couleur bleue provient des anthocyanes (du grec anthos : fleur, kyáneos : pourpre), des pigments naturels, solubles dans l'eau, allant du rouge au bleu. Ils donnent leur couleur aussi bien aux feuilles d'automne, quand la photosynthèse s'est arrêté et que la chlorophylle a disparu, qu'aux fruits rouges. Ils permettent aux plantes de se protéger des ultra-violets.


Il va de soit que la sauce est la meilleure amie de la purée... oups, écrasée, pardon.

Les anthocyanes sont caractérisées par leurs propriétés antioxydantes, favorables à la santé et notamment contre le vieillissement cellulaire. La majorité des antioxydants sont localisés dans la peau du fruit. Ainsi, manger une pomme rouge épluchée n'apportera quasiment aucun antioxydant à l'organisme. Voilà, vous ne pourrez pas dire que vous ne le saviez pas !
par JCR publié dans : Topinambours_06
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Mercredi 18 octobre 2006
 
Un tour au jardin d'automne. Entre deux ondées, dans l'espèce de voile moite qui baigne l'atmosphère. On pourrait se croire au début de l'été quand la terre exhale en se réchauffant. C'est juste la moitié du mois d'octobre...


La moutarde a recouvert rapidement les parties que j'avais bêché, il va falloir la faucher et la laisser se décomposer sur place comme engrais. Les indésirables squattent les artichauts et un carré que je leur ai abandonné.
Mauvaise idée car elles vont se ressemer partout, en plein vent et je vais le regretter.


Les endives arrivent à maturité, après avoir coupé le feuillage, il faudra les butter et on récolte les moignons. Ben ouai, ça pousse pas en barquettes.


Les bettes se portent bien. Bettes à côtes, une découverte de l'année, délicieuses et bettes à racine (rave), rouges et énormes.


par JCR publié dans : Topinambours_06
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Jeudi 5 octobre 2006
Alexis Tsvetoukhine et moi même, lors d'un petit moment de détente, certainement bienvenu, à la rédaction de Ouest France.

Il m'est arrivé un truc unique, hier. Une rencontre fondatrice, de celles qui donnent du sens aux existences... J'ai rencontré le fils de l'inventeur du topinambour, ben ouai, rien que ça, et en plus, c'est une vieille connaissance: Alexis Tsvetoukhine, ami reporter photographe, désormais heureux retraité de Ouest France. Son père, Victor Tsvetoukhine,  avait créé, dans les années cinquante, la variété de topinambours dite le petit violet de Rennes, le topinambour étant communément blanc ou rouge. Je pensais naïvement que l'héliante tubéreux arrivait, tel quel dans nos assiettes, de son lointain Canada, inchangé depuis le XVIIè siècle, mais non. Le topinambour de 1939, qui a tant dégoûté nos aïeux, n'est plus celui qui pousse dans les jardins. Les patates rose-violettes que je récolte sont bien plus récentes et tirent leur origine des labos l' INRA de la Harpe, à Rennes.

Le petit violet de Rennes sortirait d'un laboratoire de l'Inra...

Queu-wa? Celui que je considérais comme le légume le plus rustique du monde sortirait d'un labo? Les bras m'en tombent... Alors qu'il trône en exergue de ce blog, prétendument ami de la nature, qu'il en est le déclencheur autant que l'inspirateur, qu'il m'a ouvert les yeux sur la possibilité d'un monde meilleur où les vaches baguenauderaient et donneraient libre court à leur nymphomanie, le topinambour, cette patate violacée et irrégulière, sortirait de l'éprouvette d' un chercheur imaginatif. Je suis partagé entre la confirmation du bien fondé de ce blog et l'honnêteté qui me contraint de louer le rôle essentiel des hommes en blouses blanches dans l'élaboration de mon potager.

A noter que, dès sa création, son inventeur, Victor Tsvetoukhine, avait noté son potentiel en production d'alcool - les origines slaves sans doute? L'ethanol, obtenu par distillation des tubercules servait déjà de carburant à un véhicule dans la région du Mans, dans les années 70, me confiait Alex. Comme quoi ni l'idée ni son application ne sont neuves. Nos dirigeants non plus, d'ailleurs.
par JCR publié dans : Topinambours_06
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Vendredi 29 septembre 2006
Mi patte en l'air, mi tripe à l'air, Carotte, seule rescapée des semis, a été retrouvé éventrée.

C'était une sale histoire, la Daucus Carota, Carotte pour les intimes et ses collègues de sillon, gisait la jambe en l'air et les tripes à l'air. La seule rescapée des deux semis printaniers s'était fait dézipper l'anorak. De l'entre-jambe aux fânes, elle déballait ses racines pivotantes et charnues, en levant la jambe avec une légèreté de carotte sauvage (comestible mais amère). Tout ça sentait le hara-kiri de désespoir. Cette belle bisannuelle était du clan Apiacée (plus connues sous le nom d'ombellifère). On en connaissait deux variétés, au jardin: Celles de l'Est, qu'on repérait facilement à leurs couleurs violette (anthocyanes) ou jaune. Et la Daucus de l'Ouest, charnue et orange, née au XVIIe siècle, chez les bataves, dans la famille d'Orange... Je tenais le bon bout! Elles s'étaient différenciées péniblement du panais, aux prémices de l'age du bronze, alors que le Sahara se transformait en désert. Carotte aimait les climats humides et tempérés, les sols profonds, siliceux ou calcaire, frais et riches en humus. Elle s'entendait parfaitement avec l'oignon qui la pleure encore, le poireau, qu'elle aidait parfois à dégorger et les aromatiques, sauf cette garce d'Aneth! Composée en majorité d'eau (89 %), de pectine et de cellulose (glucides 9%), elle était riche de vitamines, de métaux divers et de fibres. Sa consommation permettait de lutter contre la constipation, protégeait la peau, donnait bonne mine et la cuisse rose, prévenait certaines carences de la vue, l'histoire du lapin et des lunettes courrait au potager depuis un moment, disait t-on, on lui prêtait toutes les vertues. La carotte crue permettrait d'éviter le cancer du côlon.

Carotte exhibait, dans son inconscience, des racines charnues qu'on pouvait voir pivoter.

par JCR publié dans : Topinambours_06
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